Martin Amis : « Ecrire, c’est attendre »
« J’écris tous les jours de la semaine. J’ai un bureau où je travaille. Je quitte la maison et je reste absent pour la durée d’une journée ouvrable moyenne. Je traverse avec ma puissante Audi les sept cents mètres qui séparent mon appartement londonien de mon bureau. Et là, sauf si j’ai autre chose à faire, je m’assois pour écrire de la fiction aussi longtemps que je le peux. Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas l’impression d’une journée complète de travail, même si ça peut parfois être le cas. Une bonne partie du temps semble passer à faire du café ou à trainailler, à lancer des fléchettes, à jouer au flipper, ou bien à me curer le nez, à me couper les ongles ou à regarder au plafond.
Vous connaissez la ruse des correspondants étrangers ;
à l’époque où vous aviez votre profession sur votre passeport, vous faisiez
noter « writer » (écrivain), et quand vous vous trouviez dans un endroit
dangereux, pour dissimuler votre identité, vous changiez le « r » de « writer »
en « a », et vous deveniez « waiter » (serveur, mais aussi quelqu’un qui
attend, de « to wait », attendre).
J’ai
toujours trouvé qu’il y avait une grande vérité là-dedans. Ecrire, c’est
attendre, c’est certain pour moi. Cela ne me gênerait pas du tout si je n’écrivais
pas un seul mot de la matinée. Je me dirais, vous voyez, ce n’est pas pour
maintenant. Ce travail semble surtout consister à vous rendre réceptif à tout
ce qui peut surgir ce jour-là. J’ai été plutôt surpris d’apprendre la terreur
que pouvait éprouver Père lorsqu’il s’approchait de sa machine à écrire le
matin». In N° 146, 1998
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire