C'est pas du gâteau
Par Marie-France Clerc.
Aleph-Ecriture Rhône-Alpes
L’atelier est mal embarqué. Petit
sondage :
« qu’est-ce que pour vous l’atelier d’écriture ? ». Réponse :
« Les consignes nous ennuient. C’est trop long. Pour nous, l’atelier, c’est
le repas pris ensemble ». Ils sont arrivés ce matin portant leurs
victuailles comme des rois mages. À midi, ils dressent la table. On m’a laissé
une place, coincée entre deux bruyants convives. Personne ne me parle. La
quiche est une meule, les rondelles de saucisson grosses comme des roues de
bicyclette, on pourrait piquer une tête dans le saladier.
Menton à hauteur de mon assiette, je ne peux atteindre mon verre. D’ailleurs mon verre est vide. On m’a oubliée. Au-dessus de ma tête, des blagues fusent, des rires éclatent, « Punaise ! ». Quelqu’un hurle : « Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ?» Suis l’empêcheuse de vivre heureux. Mon front bute contre le bord de la table, je me liquéfie sur ma chaise, mes yeux s’habituent à la pénombre, je touche le sol, pénètre dans un fouillis de jambes, de pieds abandonnés, de chaussures sales, de jupes indécentes et de chaussettes en accordéon. Au-dessus de moi, loin tout là-haut, on chante de plus belle, le vin coule à flots. J’ai disparu. Je me rassemble. J’attends mon heure. Le temps roule pour moi. Ils savent que le repas ne doit durer qu’une heure. En un instant, tout est débarrassé. Il est 13h. Je reprends la direction des opérations. D’abord, mes petits chéris, pas trop de travail… vous n’aurez plus à terminer vos textes chez vous parce que je vais vous donner des consignes très très courtes. Pour ceux qui n’aiment pas écrire (si, si il y en a !), pas de réécriture mais sacralisation du premier jet. Un point c’est tout. Et on sautera du coq à l’âne, histoire de rigoler pendant trois heures avec des trucs ludiques qui ne prennent pas la tête comme ces « médiations » intello et ces travaux de sous-groupes-qu’on-ne-sait-pas-où-elle-veut-en-venir… L’animatrice devra se rappeler qu’elle tire sa légitimité du Groupe. Libre à chacun d’interrompre quand bon lui semble celui qui parle. Des contraintes, oui, tant qu’elles sont marrantes. Mais nul n’est tenu de forcer ses limites. Implication personnelle facultative, il va sans dire. Et si d’aventure on se prenait au jeu, ne pas le montrer, ne pas le dire, ça fait vraiment « lèche-botte ». En revanche, stigmatiser haut et fort les propositions responsables de toute panne d’inspiration. Enfin, si le texte produit n’a rien à voir avec la proposition, l’animatrice se taira désormais pour ne pas faire de peine à son auteur.
C’est ainsi que j’ai repris les
choses en main et retrouvé l’estime de mes participants.
09/05/2012
Aleph-Ecriture
Rhône-Alpes
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