mardi 20 mars 2012

Carnet

Kandinsky,  février 1916

Sur une immensité blanche, l'ardente irruption d'un point noir. Il grandit, grandit encore, ne cesse de grandir.

Et voici soudain cette immensité blanche tachetée de points noirs, semés au tamis dirait-on : îlots dont le fourmillement et le volume s'accroissent sans arrêt.

Des sons fusent dans leurs parages, à peine audibles au début, mais qui s'affirment peu à peu : voix du ruissellement d'eaux invisibles dont chacune a son air à chanter, mais qui s'unissent et s'entrelacent : un cœur à multiples voix.
Et ce qui était clarté s'assombrit – le sombre s'éclaire.
Sur un ciel légèrement empourpré roule un soleil jaune, auréolé de violet. Des rayons jaune vif ou bleu clair dardent leurs pointes sur un sol couleur lilas, le transpercent, suscitent mille voix – l'air vibre de bruissements.
Des nuages gris couvrent le soleil et passent au noir. De longs fils d'argent, tirés droit, inflexibles, tracent le liseré de la conque de l'espace.
Soudain, tout se tait.
Coup sur coup, les rayons en zigzag lézardent l'espace. Les nues se déchirent. La terre se fend. Et de puissantes détonations brisent le silence.
Le sol couleur lilas est passé au gris. Ce gris enlace violemment, irrésistiblement les collines. Du tamis tombe un poudroiement de tons stridents.
L'espace frémit, résonne de mille voix. Le monde crie. C'est un ancien tableau de l'éclosion d'un nouveau printemps.

Extrait de carnet proposé par Catherine Stahly-Mougin

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