Alain ANDRÉ
1. « Moi, Dryptéis, fille des siècles, je me mets à genoux, et je vous le demande, n’ouvrez pas. Protégez-moi. Criez par-dessus la porte au visiteur, qui qu’il soit, que vous ne me laisserez pas partir une seconde fois. Vous le savez : je suis venue ici pour vivre en paix, loin du monde et de tout. Je veux être hors du temps. Avec mon enfant, seule. Je suis venue ici pour ne plus être la fille de Darius. J’ai quitté ma sœur – épouse d’Alexandre – et j’ai eu la force de le faire parce qu’en abandonnant mon nom, je m’éloignais de la défaite et du deuil. Je vous en supplie. Je suis à vos pieds. Ne m’offrez pas à ceux qui viennent. »
2. C’est
aux pages 17-18 de Pour seul cortège,
de Laurent Gaudé (Actes-Sud, 2012). Ce n’est pas le Notre père, mais c’est une
prière. On sait qui parle. On sait pourquoi elle est venue là. On sait ce
qu’elle tente de conjurer. La prière de Dryptéis m’a donné l’envie d’en écrire
une. Elle m’a aussi rappelé une photo, que j’ai faite au printemps à Taïwan. Et
vous ? Écririez-vous une prière ? Et si vous nous l’envoyiez ?
3. Romancier,
nouvelliste et dramaturge, né en 1972, l’auteur a publié six autres romans chez
Actes-Sud, Cris (2001), La mort du roi Tsongor (2002), Le soleil des Scorta (2004), Eldorado
(2006), La porte des Enfers (2008) et Ouragan (2010). Pour seul
cortège est un beau chant choral, polyphonique, épique, intense et sensuel,
qui accompagne le lecteur jusqu’au bout du dernier souffle d’Alexandre le Grand.
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